OUGANDA


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L’Ouganda (Uganda) passait, avant l’indépendance, pour un des pays les mieux dotés du continent africain, un de ceux dont le destin était le plus prometteur. La situation générale de cet État, traversé par des convulsions de tous ordres et gravement affaibli, reste incertaine tant sur le plan politique que sur le plan économique.

L’Ouganda doit son existence à la volonté du Royaume-Uni de contrôler les sources du Nil à l’heure où les rivalités européennes se rallumaient, où les grandes puissances cherchaient à dominer les principales routes maritimes et à se réserver l’exploitation de nouveaux territoires. L’Égypte et le canal de Suez commandaient la route la plus courte d’Europe en Inde, et la possession de l’Égypte supposait qu’aucune nation hostile ne s’installât sur le haut Nil. C’est ainsi que l’ensemble disparate d’entités politiques qui allaient former l’Ouganda a revêtu une importance exceptionnelle dans la création de la future Afrique-Orientale britannique.

Ce petit pays continental d’une superficie de 236 000 km2 comptait, au recensement de 1991, 16 582 000 habitants. Son relief, le climat équatorial d’altitude, la présence de vastes lacs lui confèrent des traits propres.

Découverte en 1862 par l’explorateur anglais J. H. Speke, la «Suisse de l’Afrique», le «pays des grands lacs», fut placée sous protectorat britannique de 1894 à 1962. Il devint État indépendant le 9 octobre 1962. Depuis cette date, il n’a jamais réellement connu de stabilité politique, et son développement économique et social s’est trouvé gravement perturbé par la montée des violences, d’origine politique ou tribale.

1. Cadre physique

Un pays de hautes terres

L’Ouganda, fragment des hautes terres de l’Afrique de l’Est et qui n’a acquis que graduellement ses limites actuelles, présente une unité géomorphique remarquable. Il s’organise autour d’un plateau central limité par la ligne de failles à l’ouest, des formations volcaniques surtout à l’est et l’immense dépression du lac Victoria au sud.

Le plateau central, dont l’altitude oscille entre 850 et 1 350 mètres, est parsemé de collines; il s’abaisse du sud vers le nord et la vallée du Nil. Au sud, il s’adosse aux hauts plateaux coiffés de latérite du Bouganda (Buganda) qui surplombent des vallées aux pentes inférieures molles et aux fonds marécageux.

Plus simple et plus continu que le rift oriental, le rift occidental est occupé par un chapelet de lacs (Albert, George, Édouard, etc.).

Entre les lacs Albert et Édouard se dresse l’énorme bloc basculé du Ruwenzori, qui culmine à 5 119 mètres au pic Margherita. À l’est, le tracé de la frontière laisse à l’Ouganda le flanc occidental de l’Elgon (4 321 m), lourde masse volcanique éteinte depuis le Pliocène. Moins élevés mais plus jeunes, certains volcans de l’Ouest, au Toro et au Kigezi, sont encore en activité.

Les dépôts minéraux les plus importants se trouvent dans l’Ouest (béryl, tungstène, sel, et surtout cuivre et cobalt de Kilembé). On a aussi repéré du fer dans le Kigezi, du pétrole dans le fossé du lac Albert. Citons encore le pyrochlore des carbonatites de Tororo, qui est à l’origine de la fabrication d’engrais.

À 1 130 mètres, la principale dépression est occupée par le lac Victoria, résultat du blocage d’un système de drainage vers le Congo. Il est le plus vaste d’Afrique (83 000 km2), mais n’est qu’une pellicule d’eau, dont la profondeur maximale est de 82 mètres.

Un climat équatorial d’altitude

Le climat de l’Ouganda n’est équatorial que par ses températures: les amplitudes saisonnières, très faibles, sont plus accentuées au nord et à l’est (dans les zones éloignées des lacs) qu’au sud (aux abords du lac Victoria). Les températures sont nettement plus basses au sud-ouest, à Kabalé par exemple – où les minimums moyens se situent entre 8,6 0C (juillet) et 11,3 0C (avril-mai) et où les températures moyennes annuelles ne varient guère (de 22 à 23 0C) –, que dans la région du lac Victoria (juillet: 25 0C; février: 26,8 0C à Entebbe).

Si la région du lac reçoit les précipitations annuelles les plus abondantes (1 625,9 mm à Entebbe), pour le régime des pluies le pays se partage en deux zones: la moitié sud, avec deux saisons pluvieuses, la principale de mars à mai, la seconde d’octobre à décembre, séparées par deux saisons sèches coupées de violents orages; la moitié nord, où les deux saisons pluvieuses sont assez rapprochées pour n’en former pratiquement qu’une, d’avril à octobre, pendant laquelle il tombe à Gulu 1 254 mm sur un total annuel de 1 545,2 mm, la saison sèche (novembre à mars) étant beaucoup plus rigoureuse.

Au demeurant, ce pays équatorial est assez peu arrosé, encore que, comparé au Kenya, il soit de loin le plus favorisé; 87 p. 100 de son territoire reçoit plus de 500 millimètres de pluies annuelles; le nombre des jours de pluie varie entre 114 à Mbarara et 161 à Fort Portal, et l’évaporation est partout très forte.

En conséquence, le paysage le plus commun est celui du miombo , savane de hautes herbes, piquetée de grands arbres espacés (Brachystegia et Jubernardia surtout). La forêt dense est rare. Le Nord-Est (Karamoja) est une steppe semi-aride aux arbres rares. La faune est très riche et préservée dans les parcs nationaux (Murchison, Queen Élisabeth, Kidepo). Les hautes terres de l’Ouest - Sud-Ouest, au climat frais et sans glossines, sont particulièrement favorables à l’élevage bovin. Dans la majeure partie du pays, au Bouganda et au Busoga notamment, la culture vivrière par excellence est la banane plantain. Elle est souvent remplacée par le sorgho au Kigezi, tandis qu’elle voisine avec le mil au Toro et en Ankolé.

Avec les sauterelles et les termites, la tsé-tsé est un des fléaux de l’Ouganda, encore qu’une lutte systématique ait assaini une portion importante des zones les plus fertiles, au Bouganda en particulier.

2. Évolution politique

Jusqu’à l’indépendance

Des origines à 1880

Traditions et archéologie ne permettent guère de remonter au-delà du XIe siècle. Dans la zone interlacustre, des dieux, les Tembuzi, auraient alors régné sur le Bunyoro-Kitara; la dynastie Chwezi leur aurait succédé. Grâce à des techniques relativement évoluées (culture du café, poterie incisée, étoffes d’écorces, métallurgie du fer, fortifications en terre) et à des institutions centralisées, ils n’eurent pas de mal à dominer les Bantou agriculteurs qui ne connaissaient d’autre organisation que celle du clan.

Au début du XVIe siècle, les Nilotiques luo quittèrent le sud-est du Soudan actuel et, par vagues successives, pénétrèrent, assez pacifiquement semble-t-il, dans le Bunyoro-Kitara, alors en pleine décadence. Empruntant leur rituel et leurs pratiques aux Chwezi, ils fondèrent la dynastie Luo-Babito qui régna jusqu’au XXe siècle sur un Bunyoro rétréci, des dynasties apparentées régnant sur des principautés issues du démembrement de l’empire Chwezi: Toro, Ankolé, Karagwé, Bouganda.

À la suite de multiples luttes de clans, la dynastie du Bouganda, au milieu du XIXe siècle, était devenue la première puissance de la région interlacustre. L’extrême centralisation du pouvoir et la fertilité du pays sont sans doute à l’origine de la suprématie des Baganda, qui appartiennent au groupe linguistique bantou.

Le Kabaka Mutesa Ier (1850-1884) gouvernait, assisté d’un Conseil, le lukiiko , d’un Premier ministre, le katikiro , tandis qu’à la tête des provinces il avait remplacé la plupart des chefs de clans (bataka ) par des fonctionnaires royaux. Arrivés en Acholi vers 1855, au Lango en 1872, les chasseurs d’esclaves de Khartoum fournirent en armes à feu le mukama du Bunyoro, trop tard cependant pour que celui-ci pût ébranler la suprématie de Mutesa Ier.

Peu après apparurent les premiers Européens, J. H. Speke d’abord en 1862, et surtout J. R. Stanley en 1875. Celui-ci fit savoir au Foreign Office que le Bouganda était le pays le mieux organisé pour accueillir les missions chrétiennes qui combattraient la traite, commencée dès le XIe siècle, et prépareraient les voies aux marchands et aux politiciens.

Le protectorat britannique

En 1877, les missionnaires de la Church Missionnary Society arrivaient à Rubaga, suivis en 1879 des Pères blancs français. Mutesa Ier, conscient de l’âpreté des rivalités politiques au travers des rivalités religieuses (guerres fransa-inglesia ), se plut à opposer les catholiques aux protestants et les deux groupes chrétiens aux musulmans. La réaction antichrétienne qui marqua l’avènement du nouveau Kabaka Mwanga (massacre de trente catholiques et protestants en mai 1886) rapprocha un moment les deux confessions. Mais les guerres religieuses reprirent de plus belle peu après. Or, depuis l’accord anglo-allemand du 1er juillet 1890, qui avait définitivement écarté les Allemands du pays des lacs pour le réserver aux Britanniques, l’East African Company cherchait à dominer le Bouganda.

En décembre 1890, elle avait confié le commandement de ses troupes soudanaises au capitaine F. Lugard. Celui-ci arma les protestants, écrasa les catholiques et inaugura, faute d’autres moyens, le système de l’Indirect Rule , en s’appuyant sur les structures administratives du Bouganda et en utilisant les agents ganda dans les régions conquises. En 1894, le commissaire G. Portal négocia un accord faisant du Bouganda un protectorat. L’accord Johnston de 1900 sur le Bouganda, conclu après les troubles graves de 1897-1899, conféra à l’Ouganda la physionomie qu’il devait garder jusqu’à l’indépendance; cet accord capital donnait au Royaume ganda, agrandi des provinces arrachées au Bunyoro, une position privilégiée dans le protectorat et il y modifiait le régime foncier en introduisant la propriété privée au profit du Kabaka, de ses proches et de quelques milliers de notables.

Prise en 1916, sur l’initiative du gouverneur H. Bell et du commissaire à l’Agriculture Simpson, la décision de fermer l’Ouganda à la colonisation blanche en fit, par excellence, un pays de petits paysans producteurs de cultures d’exportation.

Dès lors, la métropole cessa pratiquement de subventionner le protectorat, laissant aux missions le soin de l’équipement scolaire et sanitaire.

En 1920, les Européens, pourtant peu nombreux, obtinrent l’institution d’un Conseil législatif et d’un Conseil exécutif. Mais, comme sur les sept membres du Conseil législatif ne figurait qu’un Indien, cette mesure dressa l’une contre l’autre les deux communautés immigrées. Elle suscita de plus l’opposition du gouvernement du Kabaka, qui y voyait une atteinte à la position privilégiée du Bouganda. Les premières manifestations proprement africaines eurent lieu au Bouganda contre la culture forcée du coton et s’appuyèrent parfois sur des Églises dissidentes et sur les bataka, que l’instauration de la propriété privée avait souvent dépossédés des lieux de sépulture de leur clan.

La Seconde Guerre mondiale ajouta les rivalités de factions à l’amertume provoquée par les questions foncières; des émeutes éclatèrent au Bouganda (1945), aggravées par le malaise paysan dû à la hausse des prix et par les ambitions des jeunes Africains éduqués que freinait la confiscation du pouvoir au profit des vieux notables. La résistance du Bouganda prit ensuite la forme d’un boycottage des commerçants européens et indiens sous l’impulsion des bataka et de l’African Farmer’s Union.

Opposé aux réformes libérales entreprises par sir Andrew Cohen, Mutesa II dut s’exiler le 30 novembre 1953. Après l’élaboration du compromis constitutionnel de 1954-1955, il rentra à Kampala pour y devenir le point de ralliement de l’opposition. Il fit savoir que le Bouganda ne participerait pas aux élections.

Cependant, la vie politique s’animait et de nouveaux partis se créèrent pour préparer les élections générales de 1961. À l’Uganda National Party (U.N.P.) et au Democratic Party (D.P.), qui s’étaient affrontés en 1958, s’ajoutèrent l’Uganda National Movement (U.N.M.), très hostile aux commerçants indiens, puis l’Uganda People’s Congress (U.P.C.) qui, sous la direction d’un homme du Nord, le Lango Milton Oboté, allait conduire l’Ouganda à l’indépendance. Les consignes d’abstention ayant été maintenues par le Kabaka, ces premières élections nationales furent un duel U.P.C.-D.P. Le D.P. l’emporta, et le premier chef africain de gouvernement fut Benedicto Kiwanuka. Mais le Kabaka ayant réussi à susciter un parti à sa dévotion, le Kabaka Yekka (K.Y.), Milton Oboté, mettant une sourdine à ses sentiments antibaganda, fit alliance avec le nouveau parti pour éliminer le D.P. Au cours de la conférence de Londres de 1961, à laquelle assistèrent les trois principaux partis, fut élaborée la Constitution qui entra en vigueur le 1er mars 1962. Les élections d’avril virent le triomphe de la coalition U.P.C.K.Y. Oboté était donc Premier ministre quand l’Ouganda accéda à l’indépendance, le 9 octobre 1962. Un an plus tard, sir Frederick Mutesa, Kabaka du Bouganda, devenait le premier président de l’État ougandais.

Depuis l’indépendance

Le jeune État, né dans l’ambiguïté, ne connut guère la tranquillité et la stabilité politique nécessaires pour asseoir l’unité nationale et construire un appareil administratif et économique capable de faire face aux grands problèmes de l’heure, au premier chef celui du développement. Il fut traversé de crises successives qui l’ont maintenu dans une situation de fragilité lui interdisant de jouer un rôle significatif dans l’Afrique contemporaine.

La Constitution de 1962, fruit d’un compromis laborieux, ne resta en vigueur que quelques années. Elle fut suivie d’une constitution provisoire «révolutionnaire», puis d’une constitution «républicaine» (1967). Le coup d’État du général Idi Amin en 1971 ouvrit une phase de dictature militaire qui ne s’acheva qu’en 1979.

Les élections organisées le 10 décembre 1980 auraient dû permettre le retour à la légalité républicaine, mais leurs résultats furent immédiatement contestés par l’opposition. Une rébellion armée se développa dans l’ouest du pays: elle était animée par Yoweri Museveni, et celui-ci devint chef de l’État le 29 janvier 1986.

La Constitution de 1967 ayant été suspendue en juillet 1985, le président Museveni a annoncé en octobre 1988 qu’une nouvelle charte constitutionnelle serait adoptée par voie de référendum et qu’une commission constitutionnelle serait mise en place pour son élaboration. Cependant, les dates restèrent floues, les modalités d’élaboration de la Constitution insuffisamment précisées (quel serait le rôle du Conseil national de la résistance, qui faisait figure de Parlement provisoire?) et les éléments essentiels du nouveau dispositif constitutionnel peu connus (les anciens royaumes, supprimés en 1967, seraient-ils restaurés? Adopterait-on le système du multipartisme ou celui du parti unique?).

Dans l’histoire tourmentée de l’Ouganda contemporain, quelques périodes se détachent sur un fond quasi permanent de guerre civile.

L’application difficile de la première Constitution

La Constitution de 1962 s’était prudemment abstenue de prendre position sur la nature de l’État ougandais: État fédéral ou État unitaire? Royaume ou république? Les tensions entre le parti néo-traditionaliste du Kabaka Yekka et l’Uganda People’s Congress de Milton Oboté, aux tendances jugées alors progressites, n’avaient pas permis de trancher clairement. L’Ouganda indépendant se composait assez curieusement de quatre royaumes (le Bouganda, le Bunyoro, le Toro et l’Ankolé), d’un territoire (le Busoga), de divers districts (West Nile, Madi, Acholé, Lango, Karamoja, Bugisu, Bukodi, Sebei, Kigezi, Teso) et d’une zone au statut indéfini, le territoire de Mbale. Le puissant royaume de Bouganda s’y était réservé des prérogatives importantes (certaines matières relevaient de sa seule compétence); il disposait d’une police autonome et d’un statut financier privilégié; ses institutions ne pouvaient être remises en cause sans l’accord du Parlement local, lequel était chargé de désigner les représentants du royaume à l’Assemblée nationale. Les autres royaumes et le territoire de Busoga, sans avoir la même autonomie, étaient dotés d’institutions politiques propres et de compétences exclusives. Quant aux districts, ils relevaient plutôt de la décentralisation administrative.

Les contradictions internes entre les forces politiques en présence conduisirent rapidement à la rupture. Entre le chef de l’État (le Kabaka), désigné péniblement en 1963, et le Premier ministre (Milton Oboté), qui entendait réaliser un État unitaire, les incidents se multiplièrent. L’affaire dite des «comtés perdus» (fractions du territoire du royaume du Bunyoro, autrefois cédées au Bouganda par la Grande-Bretagne, mais que le Bunyoro put récupérer avec l’appui de Milton Oboté), la situation inconfortable du Kabaka, soutenu sans défaillance par le Bouganda mais surveillé de près par les autres entités, le poids excessif du Bouganda dans l’État ougandais (la capitale de l’Ouganda est au cœur du Bouganda), la personnalité même du Premier ministre, autant de facteurs qui précipitèrent la crise. En 1964, le gouvernement dut faire face à une rébellion militaire dans la région de Jinja; en février 1966, à la suite d’une motion parlementaire qui le mettait personnellement en cause (en même temps que le colonel Idi Amin), Milton Oboté prenait les pleins pouvoirs et suspendait la Constitution.

Une constitution provisoire révolutionnaire fut votée en avril 1966: elle supprimait la plupart des privilèges des souverains locaux et mettait un terme à l’évolution de l’Ouganda vers le fédéralisme. Le Parlement du Bouganda (le Lukiiko) ayant refusé de se plier, le palais du Kabaka fut investi par les troupes dirigées par Idi Amin, et le monarque dut s’enfuir en Grande-Bretagne où il mourut quelques années plus tard dans des conditions mal définies.

La Constitution républicaine et le premier gouvernement de Milton Oboté

La nouvelle constitution, adoptée le 8 septembre 1967, porte le nom de Constitution républicaine de l’Ouganda. L’État est désormais un État unitaire, divisé en dix-huit districts dont chacun est doté d’un Conseil élu et d’un exécutif local (président, vice-président), cependant que l’administration centrale est représentée par le District Commissioner. Le président de la République cumule ce titre avec celui de chef du gouvernement et de chef des armées (M. Oboté était au surplus chef de son parti, l’U.P.C., devenu parti dominant).

En face de lui on ne trouvait guère qu’une assemblée unique, l’Assemblée nationale (en principe désignée au suffrage universel direct, mais avec des mécanismes de pondération qui permettaient au parti ayant obtenu le plus grand nombre de sièges de s’assurer une majorité, et une certaine proportion de membres nommés).

En toute hypothèse, le mandat de l’Assemblée en place fut prorogé et les consultations électorales furent reportées à une date ultérieure. Le président n’hésitait pas à recourir à l’état d’urgence ainsi qu’à l’internement préventif des opposants suspectés de vouloir attenter à la sécurité interne ou externe de l’État. Le régime avait incontestablement choisi la voie autoritaire.

Le 8 décembre 1969, la conférence annuelle de l’U.P.C. adoptait la Common Man’s Charter, document d’inspiration socialiste modérée qui se proposait d’instaurer un État unitaire et d’en finir avec le tribalisme.

La dictature du maréchal Idi Amin Dada

Un coup d’État militaire, mené par le chef d’état-major Idi Amin, en janvier 1971, mit fin à cette première expérience.

Le général Amin, bientôt maréchal, se proclama chef de l’État (décret du 2 février 1971), puis président (décret du 13 mars 1971), procéda à la dissolution du Parlement et suspendit partiellement la Constitution. L’ex-président Oboté réussit à trouver refuge en Tanzanie.

La dictature qui s’installa pour plusieurs années en Ouganda s’accompagna de tous les excès du genre. L’élimination physique des opposants y était la règle (les organisations humanitaires s’en émurent à plusieurs reprises); l’expulsion de la communauté des Asians et la confiscation de leurs biens provoquèrent une chute brutale de l’activité commerciale, cependant que les exécutions organisées par des militaires ou des partisans du maréchal-président entretenaient une insécurité quasi permanente dans le pays. L’Ouganda connut alors un déclin politique et économique dont il ne s’est toujours pas relevé.

C’est peut-être pour détourner l’attention de son opinion publique vers l’extérieur qu’Idi Amin envahit, en octobre 1978, une partie du territoire tanzanien, dans la région de la Kagera. Mal lui en prit. Les relations entre le président Nyerere et le chef de l’État ougandais avaient toujours été détestables. Avec l’appui de nombreux mouvements de résistance à la dictature militaire – ils constituèrent un Front national de libération de l’Ouganda (Uganda National Liberation Front), en mars 1979 à la conférence de Moshi, et une Armée nationale de libération de l’Ouganda (Uganda National Liberation Army) fut mise sur pied –, J. K. Nyerere décida de punir son encombrant voisin; les troupes tanzaniennes et l’Armée nationale de libération de l’Ouganda investirent la capitale, Kampala, en avril 1979: le maréchal Idi Amin, malgré un appui de dernière heure de certains pays voisins (la Libye, le Soudan), fut obligé de quitter le pays.

La restauration républicaine et le second gouvernement de Milton Oboté

Un premier gouvernement fut chargé par le Front national de libération de l’Ouganda de diriger les affaires du pays autour de quatre principes: unité nationale, démocratie, indépendance, progrès social, sous le contrôle d’un Conseil national consultatif (National Consultative Council) qui entendait jouer le rôle d’un Parlement. Il fut confié à un universitaire modéré musulman, Yousouf Lule. Mais, soupçonné de sympathies bougandaises et d’orientations trop favorables au capitalisme privé, il fut déposé en juin 1979 et remplacé par G. Binaisa, ex-attorney général dans les gouvernements de Milton Oboté et d’Idi Amin (mais qui avait rompu successivement avec les deux présidents), lequel ne réussira pas davantage. Les partisans de Milton Oboté, regroupés derrière P. Muwanga et les deux principaux chefs militaires, Tito Okello et Oyité Ojock, craignaient une manœuvre destinée à écarter l’ancien président, mais d’autres éléments, plus radicaux (dont le plus représentatif était Yoweri Museveni), espéraient également tirer parti de la situation. À la suite de la création d’une nouvelle Assemblée nationale en octobre 1979 (par décision du Front national de libération), G. Binaisa ne put éviter la crise ouverte avec les militaires et les partisans de Milton Oboté: ceux-ci prirent les pleins pouvoirs en mai 1980.

Des élections furent annoncées, les premières depuis dix-huit ans... Le pays était loin d’être pacifié. Les forces politiques en présence, très divisées, n’avaient pas une représentativité assurée, et les troupes tanzaniennes surveillaient de près les opérations.

La consultation se déroula le 10 décembre 1980 dans une atmosphère lourde. Le parti de Milton Oboté, l’Uganda People’s Congress, fut déclaré vainqueur (il emportait 74 sièges sur 126), mais il fut accusé d’avoir falsifié les résultats au détriment notamment du Parti démocratique (d’implantation plutôt bougandaise) et de l’Uganda Patriotic Movement (formé par Yoweri Museveni).

Quoi qu’il en soit, Milton Oboté fut désigné comme président le 15 décembre 1980 et constitua un gouvernement dominé par ses fidèles (dont Paulo Muwanga, qui deviendra vice-président). L’Assemblée nationale se réunit pour la première fois à la fin de l’année 1981. Un semblant de multipartisme était maintenu: l’opposition légale y était représentée essentiellement par le Democratic Party (D.P.) conduit par P. Ssemogerere. Mais Yoweri Museveni avait choisi l’action violente et prit la tête d’une guérilla dans l’ouest du pays qui ne tarda pas à harceler les casernes et les postes de police gouvernementaux.

Les premiers pas du gouvernement dirigé par Otema Alimadi étaient mal assurés. Bien que les troupes tanzaniennes aient été maintenues provisoirement sur le sol ougandais, l’insécurité s’installa dans diverses zones rurales et urbaines. Le Bouganda, notamment, admettait mal le retour de Milton Oboté et les partisans du maréchal Idi Amin, dans le nord du pays, n’avaient pas totalement désarmé.

Sur le plan de la politique intérieure, le président Oboté tenta d’abord de consolider son pouvoir. Les mesures prises à cet effet furent violemment contestées par l’opposition (suspension d’organes de presse, dont le Citizen , principal moyen d’expression du Democratic Party, arrestations de députés ou de responsables politiques, accusés de comploter contre le régime, etc.).

Il est vrai que le gouvernement devait faire face sur plusieurs fronts: outre l’opposition armée (la National Resistance Army, N.R.A., de Y. Museveni), de nombreux mouvements politiques se développaient à l’intérieur ou à l’extérieur du pays (le National Resistance Movement de Y. Lule, réfugié à Londres, l’Uganda Freedom Movement, animé par B. K. Kirya et A. Kajiira, fraction sécessionniste du Democratic Party, puis Uganda Popular Front, créé à Londres sous l’égide de Y. Lule, etc.).

Les coups de main devenant plus audacieux, l’armée nationale, placée sous le commandement de D. Oyite Ojock, entra dans le cycle des représailles plus ou moins contrôlées (les massacres de population dans le «triangle de Luwero», en 1984, furent imputés aux troupes régulières de l’Uganda National Liberation Army, U.N.L.A.). Les populations civiles subissaient directement les contrecoups d’une situation devenue anarchique (famines, déplacements forcés, règlements de comptes entre ethnies voisines, exils massifs au Soudan, au Zaïre ou au Rwanda).

La guérilla conduite par Yoweri Museveni s’avéra bientôt la mieux organisée et la plus efficace; elle gagnait du terrain à l’ouest et au sud-ouest puis au nord-ouest sans que les mesures antiterroristes d’exception prises par le gouvernement (le Parlement étant au surplus sévèrement contrôlé) puissent en freiner la progression. Sur le plan politique, le rapprochement de Y. Museveni et de Yousouf Lule au sein du National Resistance Movement (N.R.M.) donna à cette formation une plus grande représentativité.

L’incapacité gouvernementale de rétablir l’ordre et les mesures maladroites qui, au sein de l’armée, rompirent le fragile équilibre entre les Lango (ethnie du président Oboté) et les Acholi précipitèrent les choses. En juillet 1985, des émeutes éclatèrent à Kampala entre les deux groupes et le commandant en chef Tito Okello (un Acholi) regagna le territoire de son ethnie; peu après les troupes du brigadier Basilio Olara Okello prenaient le contrôle de la capitale et Milton Oboté dut se réfugier au Kenya, puis en Zambie.

Une transition difficile

Un conseil militaire provisoire de neuf membres fut mis en place par les nouveaux maîtres du pouvoir; un gouvernement civil lui succéda peu après (il comprenait des éléments du Democratic Party, dont P. Ssemogerere, et même des représentants de l’Uganda People’s Congress, dont P. Muwanga).

Le problème majeur était de savoir si Yoweri Museveni se rallierait à la nouvelle équipe (le Parlement avait été dissous, la Constitution suspendue et les frontières fermées). Le coup d’État, réussi, des Okello (Tito Okello avait été désigné chef de l’État) reposait sur une base tribale fragile. Le leader de la National Resistance Army se montra des plus circonspects; il refusa tout cessez-le-feu officiel mais accepta d’entrer en pourparlers avec les dirigeants en place à Kampala. Une entrevue fut organisée à Nairobi, en août 1985, sous les auspices du président Daniel arap Moi. Il est vraisemblable que Y. Museveni avait déjà pris la mesure des faiblesses du gouvernement de transition et que les promesses d’un régime démocratique authentique lui paraissaient insuffisantes (les autres groupes armés étaient plus hésitants: si B. K. Kirya, leader de l’Uganda Freedom Movement s’était rangé aux côtés de Yoweri Museveni, l’Uganda National Rescue Front, qui regroupait les partisans d’Idi Amin, avait fait acte d’allégeance à l’Uganda National Liberation Army). Au demeurant, les offensives de la National Resistance Army se multipliaient sur le terrain et, en octobre 1985, lorsque les pourparlers momentanément interrompus reprirent à Nairobi, Y. Museveni se trouvait en position de force. Il fit connaître ses exigences quant à la composition du futur Conseil militaire élargi. Un accord fut signé le 17 décembre 1985 sur la base d’une représentation paritaire de la N.R.A. et de l’U.N.L.A. au sein du Conseil militaire, d’un retour à la démocratie, d’une réorganisation de l’armée et d’une reconnaissance des divers mouvements politiques.

Cet accord ne fut pas appliqué. Les troupes de Yoweri Museveni investissaient progressivement la capitale où elles entrèrent le 26 janvier 1986. À son tour, le général Okello se réfugia à l’étranger.

L’avènement du National Resistance Movement (N.R.M.)

Depuis 1986, l’Ouganda est dominé par la personnalité du président Yoweri Museveni qui prêta serment comme chef de l’État le 29 janvier 1986 au terme d’une guérilla qui dura pratiquement cinq ans.

Le premier souci du nouveau gouvernement fut de tenter de rétablir l’ordre dans l’ensemble du pays. Les troubles s’étaient en effet déplacés vers le nord où des éléments favorables à tel ou tel ancien dirigeant (Idi Amin, Milton Oboté, Tito Okello) entretenaient des désordres sporadiques. La National Resistance Army était en revanche bien implantée dans l’Ouest (d’où le nouveau chef de l’État était originaire) et le Sud.

La politique intérieure demeure entièrement tributaire des problèmes de sécurité. Les troupes de la N.R.A., initialement plus disciplinées que celles de l’ancienne U.N.L.A., entreprirent une reconquête progressive du Nord. La prise de capitales provinciales telles que Lira, Gulu, Arua en mars 1986 constitua un succès pour le gouvernement, mais il n’était pas décisif. Les mouvements rebelles, assez peu structurés mais bénéficiant de points de repli dans le Soudan voisin, continuèrent les coups de main. À Kampala même, des rumeurs de complot en vue de la restauration de la monarchie bougandaise traditionnelle commencèrent à circuler. En octobre 1986, plusieurs ministres étaient mis en état d’arrestation (notamment des leaders du Federal Democratic Movement of Uganda, F.E.D.E.M.U., ou du Democratic Party) ainsi que l’ancien vice-président P. Muwanga, un fidèle de Milton Oboté.

Il est vrai que le premier gouvernement (il fut remanié à plusieurs reprises) constitué autour de Sampson Kisekka (un Bougandais, ex-porte-parole de la National Resistance Army) se présentait comme une coalition de diverses formations politiques (le Democratic Party, le Conservative Party, l’Uganda Patriotic Movement, le Federal Democratic Movement of Uganda, l’Uganda People’s Congress, etc.). Le National Resistance Council (Conseil national de la résistance) tenait alors lieu de Parlement provisoire; composé à l’origine de militaires proches de Y. Museveni, il fut progressivement élargi (en septembre 1986, par exemple, les membres du gouvernement furent nommés membres ex officio du N.R.C.).

Le programme en dix points annoncé par Y. Museveni comportait, outre le rétablissement de l’unité nationale et de la sécurité, des élections démocratiques, la défense des droits de l’homme en Afrique et des réformes économiques en profondeur (il est significatif que le terme «socialisme» n’ait pas été utilisé en dépit de l’idéologie «progressiste» prêtée à Y. Museveni, longtemps exilé à Dar es-Salaam et leader d’une guérilla victorieuse).

Un appareil administratif fut mis en place dans les zones pacifiées du pays à partir d’un modèle éprouvé pendant la clandestinité. Il reposait sur les conseils de résistance locaux, dotés d’exécutifs collégiaux, à l’échelon des villages et des entités supérieures (mukulas, gombolas et districts). Des «special district assistants», désignés par le pouvoir central, exerçaient des fonctions d’ordre politique, civique et de coordination.

La persistance des troubles au nord et à l’est ne permit pas au gouvernement de mettre son programme en application. En janvier 1987, des complots (imputés soit aux partisans de Milton Oboté, soit à des partis minoritaires, l’Uganda Freedom Movement ou le Federal Democratic Movement of Uganda) alourdirent encore l’atmosphère. Dans le nord du pays se développait un étrange mouvement, inspiré par la prêtresse Alice Lakwena, le Holy Spirit Movement (H.S.M.), dont les fidèles attaquaient les troupes de la N.R.A. munis de simples talismans. Des regroupements des forces opposées à Y. Museveni se firent au profit de l’Uganda People’s Front (dirigé par P. Otai, ex-ministre de M. Oboté) et de l’Uganda People’s Democratic Movement (dirigé par Otema Alimadi, ex-Premier ministre de M. Oboté), chacun d’eux disposant d’un bras séculier (l’Uganda People’s Army, U.P.A., et l’Uganda People’s Democratic Army, U.P.D.A.), ce qui n’excluait d’ailleurs pas les dissensions internes.

Sur le plan international, les relations entre l’Ouganda et le Kenya (dont il est largement dépendant pour sa survie économique), le Soudan et la Zambie devenaient plus tendues. Le soutien que ces pays auraient apporté directement ou indirectement aux rebelles était à l’origine de ce raidissement.

Malgré les accusations qui se faisaient plus précises sur le comportement de l’armée nationale, les troupes de la N.R.A. remportèrent un important succès sur les forces du Holy Spirit Movement qui s’étaient avancées vers le Sud, avec le renfort d’éléments de l’ancienne U.N.L.A. En novembre 1987, la défaite subie par le H.S.M. contraignit Alice Lakwena, blessée, à se réfugier au Kenya.

Des progrès assez sensibles furent enregistrés en 1988. Une partie de l’Uganda People’s Democratic Army se rallia à la N.R.A., ce qui entraîna une scission du Front entre les partisans de la lutte armée (essentiellement les dirigeants de l’extérieur) et les partisans d’une trêve; en juin 1988, un accord conclu entre Y. Museveni et le colonel J. Angelo Okello confirma la tendance à l’apaisement. Du côté de l’Uganda People’s Front, des revers militaires et des dissensions politiques ont affaibli la pugnacité d’une coalition qui reste assez disparate.

Il est difficile de porter un jugement sur la situation politique de l’Ouganda. Si les signes d’essoufflement de la rébellion sont incontestables, le pays est loin de connaître la stabilité sans laquelle son redressement économique sera compromis. Les rivalités ethniques (entre Bantous et Nilotiques, entre Bougandais et non-Bougandais, entre Langi et Acholi, etc.) ne sont pas effacées. Les considérations religieuses pèsent également d’un certain poids. Si le pays connaît un multipartisme d’apparence démocratique, il reste que le Nord et l’Est ont été ravagés par les guerres civiles, que des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées ou ont fui vers les pays voisins, que l’armée a quelque peu perdu de sa crédibilité initiale et que la politique du gouvernement en place paraît encore plutôt floue.

3. Évolution démographique, économique, culturelle et sociale

Jusqu’à l’indépendance

La population de l’Ouganda se caractérise, sur le plan technique, par une grande diversité: on a décompté jusqu’à trente et une tribus différentes (mais les chiffres varient selon les critères de classification), dont la majorité se rattache soit au groupe bantou (au sud), soit au groupe nilotique (au nord); des groupes minoritaires (nilo-hamitique au nord-est, soudanais au nord, etc.) se partagent le reste du territoire.

L’ethnie baganda était d’assez loin la plus importante et une des mieux organisées. Elle occupe la partie centrale du pays, et sa capitale n’est autre que la capitale de l’Ouganda. Les rivalités tribales, parfois entretenues par la puissance coloniale, ont marqué toute l’histoire de l’Ouganda.

Si les Européens n’ont jamais été très nombreux (l’Ouganda n’était pas considéré comme une colonie de peuplement par la Grande-Bretagne), la communauté des Asians (d’origine indo-pakistanaise) avait réussi à se forger une place de choix dans l’économie et l’administration ougandaises.

Les langues parlées en Ouganda sont, à l’image des ethnies elles-mêmes, des plus diverses. Outre le swahili, on dénombre plusieurs dialectes effectivement utilisés à une échelle significative: le luganda (pratiqué par l’ethnie baganda), le runyankore-rukega, l’ateso, etc., alors que l’anglais est devenu la langue du commerce et de l’administration. Il va sans dire que les communications culturelles entre les différentes parties de l’Ouganda ont été considérablement gênées par cet état de fait. L’intégration nationale du pays n’a pu bénéficier, comme en Tanzanie ou même au Kenya, de la présence d’une langue vernaculaire généralement comprise.

Les clivages religieux contribuent à donner de l’Ouganda l’image d’une mosaïque culturelle: les religions chrétiennes (protestante et catholique) ont rivalisé âprement avec l’islamisme dès la seconde moitié du XIXe siècle, mais les religions traditionnelles ont pu subsister.

L’économie de l’Ouganda était essentiellement agricole, bien que l’Ouganda n’eût guère connu l’économie de plantations. Les seules qui réussirent dans la période 1900-1945 furent celles de canne à sucre, dont les principales furent créées dans les années vingt près de Jinja, qui allait devenir la deuxième ville de l’Ouganda. Introduit en 1925 dans le West Nile, le coton, culture africaine, domina l’économie jusqu’au début des années soixante, malgré les conflits entre égreneurs, acheteurs indiens et paysans ougandais. Puis, afin de diversifier les cultures, l’administration encouragea les paysans ganda à planter des caféiers de type robusta (l’Ouganda est ainsi devenu le premier producteur de café du Commonwealth).

Quelques plantations de thé, européennes et indiennes, furent également créées. Pendant la Seconde Guerre mondiale, en outre, le gouvernement incita les paysans à développer certaines cultures vivrières (manioc et patates douces), à la fois pour ravitailler les troupes du Moyen-Orient et pour écarter les risques de famine. C’est alors, aussi, que furent établis les «fonds de stabilisation» du coton et du café.

Le gros bétail et les chèvres sont abondants, dans le nord et le sud-ouest surtout, mais de qualité médiocre. Ils appartiennent aux Africains. Mais cet élevage est insuffisant pour répondre aux besoins du pays, qui doit en particulier importer de la viande et du lait du Kenya.

Les premiers investissements importants consacrés par le Foreign Office au développement de l’Ouganda datent de l’après-guerre. Un organisme pour le développement et la reconstruction, établi aux termes du premier Colonial and Welfare Act (1940), fut chargé de la planification à long terme. Le primat fut donc accordé à l’économie. Les espoirs mis dans le premier plan d’industrialisation (1947-1956) ayant été largement déçus, les plans qui lui succédèrent firent porter l’effort sur l’accroissement de la productivité agricole et sur les services sociaux. À partir de 1961, la B.I.R.D. (Banque internationale pour la reconstruction et le développement) prêta son concours à leur exécution.

Le projet le plus ambitieux fut l’aménagement des chutes du Nil, à Jinja, où le complexe hydro-électrique produit environ 95 p. 100 de l’énergie exigée jusqu’à une date récente par l’industrie du Kenya. L’Uganda Development Corporation, créée en 1952 pour orienter l’économie du pays, est à l’origine de l’exploitation des phosphates de l’Est, de quelques petites usines, ainsi que de la création d’une chaîne d’hôtels de tourisme. Depuis 1953, une société canadienne exploite les mines de cuivre de Kilembé, au pied des Ruwenzori: la production en est évacuée, depuis 1956, par la voie ferrée Kampala-Kasésé.

Cependant, l’industrie demeure embryonnaire, les moyens de communication sont insuffisants et, de ce fait, l’agriculture reste la base de l’économie. De 1950 à 1960, le volume des exportations a doublé; il s’agit essentiellement de produits de l’agriculture (café et coton surtout) et, depuis 1957, de cuivre.

L’économie fit toujours appel aux immigrants, dont le grand nombre a peut-être retardé l’essor du syndicalisme, qui ne s’est guère développé avant 1958.

Dans le domaine des équipements sociaux, on peut citer un certain nombre de réalisations. En 1962 était inauguré le New Mulago Hospital, l’un des plus modernes de l’Afrique tropicale. Une planification de l’habitat rural était élaborée à partir de 1956, mais, dans l’ensemble, le problème du logement n’était pas attaqué avec une vigueur suffisante, eu égard à l’augmentation de la population.

Un établissement d’enseignement supérieur, le premier et le plus réputé de l’Afrique orientale et centrale, devenu en 1953 le collège universitaire de Makéréré, ainsi que de nouvelles écoles primaires, secondaires, normales, techniques et professionnelles furent créées, la commission de l’Éducation visant à accroître le taux de scolarisation de 16,2 p. 100 dans le primaire et de 32,9 p. 100 dans le second degré entre 1961 et 1962.

Depuis l’indépendance

Sur le plan démographique, trois recensements nationaux ont été organisés dans le pays. La population de l’Ouganda était évaluée en 1969 à 9 500 000 habitants. Elle était passée à 12 600 000 habitants en 1980 et à 16 500 000 habitants en 1991, mais les mouvements de population entraînés par les guerres, les massacres ou les expulsions rendent difficile une analyse plus fine.

Population rurale pour l’essentiel, puisque, en 1991 la capitale, Kampala, comptait 773 000 habitants et que la deuxième ville du pays, Jinja, ne dépassait guère 60 000 habitants. En 1980, il ne semble pas que les pourcentages aient été substantiellement modifiés en ce qui concerne les langues parlées ou les religions. On comptait alors 49,6 p. 100 de catholiques, 28,7 p. 100 de protestants, 6,6 p. 100 de musulmans et 15,1 p. 100 de diverses autres appartenances.

C’est sur le plan économique que les épreuves traversées par l’Ouganda depuis 1971 ont laissé les traces les plus profondes. Pourtant le pays avait de sérieux atouts au départ: une indépendance acquise sans soubresauts majeurs, une aide internationale largement dispensée et des ressources naturelles importantes permettaient d’envisager l’avenir de manière raisonnablement optimiste. Les événements politiques en ont décidé autrement.

La décennie 1970-1980 fut marquée par une profonde détérioration de l’économie ougandaise: déclin des cultures d’exportation

(et principalement du café qui, aujourd’hui encore, représente près de 95 p. 100 des ressources en devises du pays), développement de la contrebande, du marché noir et d’une économie souterraine (le «magendo»), croissance brutale de l’inflation, désorganisation du commerce intérieur à la suite de l’expulsion des Asians en 1972, corruption généralisée, chute spectaculaire de la production industrielle, exil ou fuite des populations dans les zones de combat, etc.

La mise en place du second gouvernement de Milton Oboté, après les élections de 1980, parut de nature à améliorer la situation. Le nouveau gouvernement pratiquait ouvertement une politique libérale et diverses mesures furent prises (parfois sous la pression des organismes internationaux de crédit) pour attirer les investisseurs potentiels: flottement du shilling, indemnisation des entreprises spoliées par le gouvernement d’Idi Amin, nouveau programme d’investissement agricole et industriel, planification à court terme, meilleur contrôle de l’inflation (107 p. 100 en 1980, 30 p. 100 en 1983).

Mais l’accalmie ne dura guère. En 1985, le budget national accusait un sérieux déficit, l’Ouganda tentait de réaménager sa dette extérieure (le service des emprunts contractés à l’étranger absorbe près de 75 p. 100 du produit des exportations), le shilling connaissait des dévaluations successives et la pression des prêteurs internationaux se faisait plus vive.

En 1986, avec l’avènement de Y. Museveni, d’autres mesures étaient inévitables. Un appel à l’aide internationale fut lancé par les nouveaux dirigeants. Le gouvernement entendait alors pratiquer une politique plus dirigiste, contrôler de plus près les importations des produits de première nécessité (le sucre, le savon, le sel, etc.) et rétablir la confiance des paysans en relevant substantiellement les prix d’achat dans le domaine des cultures d’exportation. Il fut toutefois contraint de procéder à une nouvelle dévaluation en mai 1987 (de 76,6 p. 100). Le programme de redressement, accepté par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, comportait une revalorisation sensible des prix du café, du coton, du thé, du sisal et du sucre. Le budget 1987-1988 mettait l’accent sur la nécessité d’améliorer les infrastructures (routes, chemins de fer) et de développer la production industrielle.

Les premiers résultats sont encourageants: en 1987, le taux de croissance était évalué à 6 p. 100 (il était négatif depuis quatre ans). Des coupes sévères sont annoncées dans la fonction publique (il est vrai, pléthorique). Des mesures plus libérales en matière de crédit à l’exportation traduisent un certain infléchissement des principes initiaux.

Les handicaps restent malgré tout nombreux: l’inflation n’est guère maîtrisée (le shilling a été dévalué successivement de 60 p. 100 en juillet 1988 et de 10 p. 100 en décembre de la même année), les plaies des guerres civiles sont loin d’être pansées, l’appareil statistique et de contrôle est trop sommaire pour que les chiffres soient considérés comme fiables. Il faudra encore du temps pour que le pays trouve son équilibre économique, lié directement à la stabilité politique qui lui manque encore.

Ouganda
(martyrs de l') vingt-deux jeunes Africains convertis au catholicisme et martyrisés sur la rive N. du lac Victoria entre 1885 et 1887; canonisés par Paul VI en 1964.
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Ouganda
(république de l') (Republic of Uganda), état continental d'Afrique orientale, coupé par l'équateur, limité à l'O. par la rép. dém. du Congo, au N. par le Soudan, à l'E. par le Kenya, au S. par la Tanzanie et le Rwanda; 236 860 km² (dont env. 39 000 km² de lacs); env. 18 millions d'hab., croissance démographique: 3,5 % par an; cap.: Kampala. Nature de l'état: rép. membre du Commonwealth (Constitution suspendue depuis 1971). Langue off.: anglais; langue véhiculaire: swahili. Monnaie: shilling ougandais. Ethnies: se rattachent, dans le S., au groupe bantou; dans le N., au groupe nilotique. Relig.: catholiques (50 %), protestants (29 %), musulmans (7 %). Géogr. phys. et écon. - L'Ouganda est constitué de la vallée du Nil et d'un haut plateau central, parsemé de collines, encerclé aux frontières par des reliefs très élevés: hauts plateaux marécageux du Buganda au S., volcans Muhabura et Sabinyo au S.-O., massif du Ruwenzori (5 119 m) à l'O., massif volcanique de l'Elgon à l'E. Environ 15 % du pays est occupé par des lacs: le lac Victoria (le plus grand lac d'Afrique: 68 100 km², partagé avec le Kenya et la Tanzanie), le lac Kyoga, au centre du pays, les lacs Édouard et Mobutu, à la frontière de la rép. dém. du Congo. Le pays connaît un climat équatorial d'altitude, auquel correspond la savane arborée. La population, rurale à plus de 80 %, vit surtout de cultures vivrières et d'élevage; le café constitue l'essentiel des exportations, avec un peu de coton et de thé. Les ressources minières (cuivre, cobalt, tungstène, phosphates) et l'hydroélectricité (Owen Falls) ont permis un début d'industrialisation. Ruinée par vingt ans de troubles (1966-1986), l'économie se reconstruit lentement avec l'aide internationale et sous la tutelle du F.M.I. Depuis 1992, la croissance est notable. Hist. - On sait qu'au XVe s., des chefferies étaient regroupées dans des ensembles plus vastes. Le plus puissant était le royaume du Bunyoro, dont le Buganda se libéra. En 1868, le kabaka (souverain) du Buganda se convertit à l'islam. En 1886, il s'opposa aux missionnaires blancs et fit périr les vingt-deux "martyrs de l'Ouganda". Cette même année, All. et Brit. conclurent un accord de partage sur les pays plus au sud. En 1892, le Brit. Lugard chassa le kabaka et établit sur le Buganda le protectorat brit., qui en 1894 s'étendit sur le Bunyoro. Les colons développèrent les plantations de café et de coton sur les hauteurs. à partir de 1920, la monoculture du coton désorganisa l'économie. En 1945, des troubles éclatèrent. En 1952-1954, le kabaka Mutesa II s'opposa à l'administration coloniale. Des partis se constituèrent. Les trois princ. participèrent en 1961 à une conférence qui rédigea la Constitution. Le 9 oct. 1962, l'Ouganda accéda à l'indépendance. En 1963, la rép. fut proclamée, présidée par Mutesa II. En 1966, Milton Obote s'attribua les pleins pouvoirs. En 1971, il fut évincé par Idi Amin Dada, dictateur sanguinaire renversé par l'armée tanzanienne en avril 1979. Après de nombr. changements, Obote revint au pouvoir (mai 1980), mais son régime se révéla aussi tyrannique que le précédent (exactions de l'armée), paralysant l'activité économique du pays. Obote fut chassé en juillet 1985 par les hommes du général Basilio Ikello. En janv. 1986, les troupes de Yoweri Museveni, chef de l'Armée nationale de résistance (N.R.A., mouvement révolutionnaire de tendance populiste, représentant les Bantous du Sud et de l'Ouest) prirent le contrôle de Kampala. Y. Museveni devint chef de l'état. La guerre civile avait fait 800 000 morts. En 1992, Museveni dut rétablir le multipartisme et remporta de justesse les élections législatives de 1994. En 1996, il fut élu président. En 1997, il a soutenu Kabila contre Mobutu et vaincu l'Armée de résistance du Seigneur, qui, avec l'aide du Soudan, sévissait dans le nord du pays.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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